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Série · Entre les lignes

Ce que les évangéliques pourraient apprendre des catholiques

Les catholiques ont appris de nous. Aurons-nous l'humilité d'apprendre d'eux ?

égliseslocales
26 septembre 2026 · 12 min de lecture
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Ce que les évangéliques pourraient apprendre des catholiques · © égliseslocales

Il faut commencer par dire les choses honnêtement, parce que nous les pensons souvent tout bas. Beaucoup d'entre nous, évangéliques, regardons les catholiques d'un peu haut. Nous les trouvons trop formels, trop attachés aux rites, trop silencieux sur la conversion personnelle. Nous nous disons parfois, sans toujours l'avouer, qu'ils ont la tradition mais pas la ferveur, les églises mais pas le feu. Bref, qu'ils auraient beaucoup à apprendre de nous.

Cet article part de ce préjugé, pour le retourner.

Car il se passe, dans le monde catholique francophone, quelque chose que nous aurions tort d'ignorer. Une jeunesse revient. Des paroisses se remplissent de vingtenaires. Et surtout, pour renouveler leur culte, certains catholiques ont fait une chose qui devrait nous faire réfléchir. Ils se sont tournés vers nous. Ils ont étudié notre louange, nos codes, notre manière de célébrer, et ils les ont adaptés sans honte à leur propre tradition. Trois frères, un groupe appelé Glorious, ont même bâti là-dessus une part de ce renouveau, nous y reviendrons. Ils ont eu l'humilité d'apprendre des évangéliques.

Alors la question se renverse d'elle-même. S'ils ont su s'inspirer de nous, qu'en est-il de nous ? Avons-nous, à notre tour, l'humilité d'apprendre d'eux ?

Une Église qu'on disait mourante

Commençons par le fait qui dérange le préjugé. On nous répète que l'Église catholique se vide, qu'elle vieillit, qu'elle appartient au passé. Sous un certain regard, on pourrait y croire. La pratique dominicale a chuté pendant des décennies, les baptêmes d'enfants aussi.

Et pourtant. À Pâques 2025, l'Église catholique de France a baptisé plus de 17 800 personnes, dont plus de 10 000 adultes et 7 400 adolescents. En 2020, ils étaient 5 700. C'est le chiffre le plus élevé jamais enregistré depuis que la Conférence des évêques mène cette enquête. En dix ans, le nombre d'adultes baptisés a bondi de 166 %. Plus frappant encore, chez ces nouveaux baptisés adultes, les 18-25 ans sont devenus plus nombreux que les 26-40 ans. Ce ne sont pas des nostalgiques qui reviennent. C'est une jeunesse qui arrive.

Et Pâques 2026 a fait mieux encore. Selon l'enquête catéchuménat de la Conférence des évêques, citée sur le plateau de KTO le soir de la veillée au Stade de France, le nombre de baptêmes d'adultes a encore progressé de 28 % en un an, soit plus du triple en dix ans. Un quart des catéchumènes sont étudiants, les 18-25 ans restent la première tranche d'âge, et environ 8 000 adolescents ont été baptisés. Au total, on approche des 20 000 demandes de baptême, le chiffre qu'avançait le frère Paul-Adrien au Figaro, interrogé au Stade de France. Et voici l'aveu qui accompagne ces chiffres, dans la bouche même d'un prêtre chargé des jeunes, le père Gaspard Craplet. « On n'a rien prévu, et on est débordés. » Pour lui, c'est précisément le signe que ce renouveau vient de l'Esprit Saint. Une Église qui reconnaît humblement que ce qui arrive la dépasse.

Des paroisses qui se remplissent d'une nouvelle génération : le renouveau ne passe pas seulement par nos portes.
Des paroisses qui se remplissent d'une nouvelle génération : le renouveau ne passe pas seulement par nos portes.

Et cette lucidité, les catholiques les plus engagés l'ont eue les premiers sur eux-mêmes. Benjamin Pouzin, du groupe Glorious, ne cache pas le diagnostic qui l'a poussé à agir. Selon lui, l'Église « vieillit à vitesse grande V », et trop de messes « ressemblent à un enterrement », au point que beaucoup s'en éloignent. Voilà un catholique fervent qui regarde le déclin de sa propre Église sans détour. C'est précisément de cette honnêteté qu'est né son désir d'aller chercher ailleurs de quoi raviver la flamme. Ils n'ont pas nié leur essoufflement, ils l'ont affronté. Et c'est peut-être la première chose que nous avons à apprendre d'eux, car reconnaître qu'on s'essouffle est déjà le début du renouveau.

Nous connaissons cette soif, nous la voyons dans nos propres assemblées. Mais nous avons peut-être cru en avoir le monopole. Le renouveau spirituel de cette génération ne passe pas seulement par nos portes, il passe aussi par les leurs.

Ceux qui ont eu l'humilité d'apprendre

Pour mesurer cette humilité, il suffit d'écouter une histoire. Celle de trois frères d'une famille de Valence, les frères Pouzin, et de leur groupe, Glorious.

Tout commence dans une cave familiale, au début des années 2000. Le père, pour faire prier ses six enfants le soir, renonce au chapelet, trop long et trop difficile à tenir avec des petits. Il prend sa guitare et leur fait chanter des chants de louange. Il leur fait notamment découvrir le groupe Exo, pionnier de la louange francophone. C'est de là que naît, chez les trois frères, le désir de faire de la musique chrétienne. Puis vient le choc des Journées mondiales de la jeunesse de Rome, en l'an 2000, où ils reçoivent comme un feu missionnaire.

Glorious sur scène : trois frères de Valence, inventeurs de la « pop louange ».
Glorious sur scène : trois frères de Valence, inventeurs de la « pop louange ».

Ce qu'ils créent alors n'a pas d'équivalent catholique. Ils l'appellent la « pop louange ». Et quand on leur demande d'où vient leur inspiration, ils ne biaisent pas. « Bien sûr que la louange évangélique nous a beaucoup inspirés », reconnaît Benjamin Pouzin. Il cite Hillsong. Il cite ces groupes anglo-saxons dont ils regardaient tout ce qui se faisait. Leur projet d'église, à Lyon, ils l'ont pensé en observant la manière dont fonctionnent nos grandes assemblées de louange.

Il y a même, dans leur bouche, une expression qui devrait nous arrêter. Benjamin Pouzin raconte que lorsque le groupe Exo, ces « pionniers » venus avant eux, écrivait des chants plus beaux que les leurs, ils auraient pu les envier, les voir comme des concurrents. Ils ont choisi l'inverse. Il parle d'une « sainte jalousie », cette admiration qui, au lieu d'écraser, élève. « Exo a été une bénédiction pour Glorious, pas quelque chose qui nous a écrasés, mais qui nous a élevés. »

Il n'y a pas de concurrence dans l'Esprit Saint.

Voilà l'humilité dont je parle. Des catholiques qui regardent la vitalité évangélique sans se sentir menacés, avec cette question désarmante. Et si ce frère avait quelque chose de Dieu à me donner que je n'ai pas encore perçu ?

Benjamin et Thomas Pouzin : « Bien sûr que la louange évangélique nous a beaucoup inspirés. »
Benjamin et Thomas Pouzin : « Bien sûr que la louange évangélique nous a beaucoup inspirés. »

Cet échange, d'ailleurs, n'est pas nouveau, et c'est peut-être ce qui devrait le plus nous désarmer. Ce que Glorious réussit aujourd'hui, des chrétiens l'avaient déjà vécu il y a un demi-siècle. Le renouveau charismatique qui a transformé une partie du catholicisme est né, l'Église catholique de France le reconnaît elle-même, « chez les pentecôtistes américains » avant de gagner les catholiques dans les années 1970. Et à ses débuts, catholiques et protestants priaient volontiers ensemble, dans une fraternité que les sources décrivent comme cordiale. Puis, à la fin des années 1970, les liens se sont distendus, les murs se sont refermés. Ce que la pop louange rouvre aujourd'hui n'est donc pas une porte inédite. C'est une porte qui avait déjà été ouverte, puis qu'on avait laissée se refermer. L'histoire ne nous demande pas d'inventer l'unité. Elle nous demande de ne pas la perdre une seconde fois.

Et cette habitude de recevoir remonte bien plus loin encore. Le soir de la veillée au Stade de France, pendant que Tagra, un jeune rappeur de Sarcelles, faisait du rap gospel devant 80 000 personnes, un prêtre expliquait sur le plateau de KTO pourquoi cela n'avait rien de choquant. Le père Charles-Thierry Ndjandjo rappelait que le curé d'Ars, voyant les airs populaires de sa région servir à de mauvaises fins, les avait repris tels quels en leur donnant des paroles chrétiennes. Que Louis-Marie Grignion de Montfort faisait de même avec les chants profanes de son temps. Que le gospel lui-même est né ainsi. Emprunter une forme pour porter l'Évangile n'est donc pas une audace de Glorious. C'est une tradition catholique vieille de plusieurs siècles. Ce prêtre y voyait, disait-il, l'expression même de la « catholicité, qui veut dire universelle ». Ceux qui ont appris de Hillsong ne faisaient que ce que leurs saints avaient toujours fait.

Soyons justes. Ce renouveau catholique a bien des sources : les Journées mondiales de la jeunesse, Taizé, les communautés nouvelles, et d'abord, disent ses pasteurs, l'Esprit Saint lui-même. La louange venue des évangéliques n'en est qu'un affluent. Mais c'est celui-là qui nous concerne, et qui devrait nous interroger.

Le renversement

Alors retournons la question vers nous. Car si l'histoire s'arrêtait là, elle ne serait qu'un compliment adressé à notre influence, et nous en sortirions flattés, confortés dans l'idée que décidément, nous sommes le modèle.

Mais l'humilité ne se démontre pas en étant imité. Elle se prouve en sachant recevoir. Et c'est là que ces mêmes frères Pouzin nous tendent, sans le vouloir, un miroir. Car Benjamin Pouzin ne se contente pas de louer les évangéliques. Il porte aussi un regard lucide sur son propre monde catholique. Les catholiques, dit-il, sont « beaucoup plus lents que les évangéliques pour décider ». Ils se posent mille questions. Faut-il une messe ou une simple soirée ? De la liturgie ou pas ? Des questions qui parfois « bloquent » au lieu de « permettre ». Il confie que les portes des paroisses ont mis huit ans à s'ouvrir à leur groupe.

Chaque tradition a donc sa force et son ombre. Notre spontanéité, notre audace, notre capacité à oser sans attendre, voilà ce que les catholiques nous reconnaissent, et ils le disent. Mais leur lenteur a un autre nom, que nous ferions bien de considérer : l'enracinement. La patience. Le sens du temps long. Une Église capable de traverser vingt siècles ne se demande pas ce qu'elle sera dans cinq ans.

Qu'avons-nous à recevoir d'eux ? Peut-être précisément ce qui nous manque parfois. Un rapport à la durée, quand nous vivons souvent dans l'urgence et la nouveauté perpétuelle. Un enracinement dans une histoire, quand nos assemblées peuvent naître, se fragmenter et mourir en une génération. Un enracinement dans une institution solidement structurée, quand le monde évangélique apparaît souvent comme une mosaïque éclatée, décentralisée et dispersée en de multiples réseaux.

Nous avons le feu ; ils ont le foyer qui le garde. Et un feu sans foyer, nous le savons, finit par s'éteindre.

Les portes qu'ils ouvrent et que nous ne franchissons pas

Il y a un point, plus concret, où cette leçon devient presque tangible. Il existe en France des portes qui s'ouvrent devant une paroisse catholique et qui restent fermées devant une église évangélique. Des écoles, des institutions, des espaces publics, des familles, des quartiers entiers où le mot « évangélique » déclenche une méfiance immédiate, le soupçon de la secte, l'étiquette du prosélytisme.

Une partie de cette méfiance est injuste, et il faut le dire. Elle est un héritage. Dans un pays de culture catholique, la présence protestante active a longtemps été regardée avec suspicion. Nous payons une histoire dont nous ne sommes pas responsables. Le catholicisme, lui, habite l'histoire de ce pays depuis quinze siècles. Il a façonné ses villages, ses écoles, ses hôpitaux, jusqu'à son calendrier. Les seuils qu'il franchit aujourd'hui, il les a bâtis lui-même, génération après génération. Nous, nous arrivons plus tard, et nous devons encore nous faire connaître.

Mais il serait trop facile de tout mettre sur le compte de l'injustice. Car cette étiquette nous tend aussi un miroir. Notre insistance à convertir, notre frontalité, notre manière parfois de traiter l'autre d'abord comme une statistique à atteindre, comme une âme à gagner plutôt que comme une personne à aimer, tout cela ferme des cœurs que la discrétion attirante des catholiques, elle, sait ouvrir. Regardez comment fonctionne une paroisse comme Lyon Centre, cette église Sainte-Blandine où officient aujourd'hui des héritiers de Glorious. Elle rayonne sans alarmer. Sa messe est diffusée en direct et suivie par des malades, des voyageurs, des curieux. Elle tisse des partenariats avec des protestants, des évangéliques, des orthodoxes. Elle accompagne les familles, les divorcés, les mamans seules. Elle attire par ce qu'elle est, plus qu'elle ne démarche par ce qu'elle proclame.

Et c'est peut-être la leçon la plus fine. Benjamin Pouzin le formule à sa manière. Leur but n'est pas de convertir à tout prix, mais « d'aider les gens à prier ». Il refuse même ce qu'il appelle la « fausse question » du chrétien contre le non-chrétien. Le pape François, de son vivant, allait jusqu'à dire que le prosélytisme, c'est-à-dire cette manière de ne voir dans l'autre qu'une cible à rallier, est « une attitude mauvaise ». Non pas l'évangélisation, qui témoigne dans le respect, mais le prosélytisme, qui instrumentalise. La nuance est immense, et elle nous concerne directement. Car ce que les catholiques nous montrent ici, ce n'est pas qu'il faut cesser d'annoncer l'Évangile. C'est qu'on peut l'annoncer autrement.

Attirer, comme une lumière, plutôt que convaincre, comme un vendeur.

Et cette semaine, la France leur ouvre ses plus grandes portes

Au moment où j'écris ces lignes, cette idée vient de cesser d'être théorique.

Du 25 au 28 septembre 2026, le pape Léon XIV est en France. Paris, Lourdes, Metz. Le Vatican l'a précisé, c'est une visite apostolique et non une visite d'État. Mais regardons surtout les portes qui s'ouvrent sur son passage.

L'Élysée. L'UNESCO. Notre-Dame de Paris. Le Stade de France. La place de la Concorde et les Champs-Élysées. Puis Lourdes, avant Metz, où doit être prononcé un discours consacré à l'Europe.

Le vendredi 25 septembre au soir, 80 000 jeunes de 17 à 35 ans ont rempli le Stade de France pour une veillée de prière avec le pape. Les places avaient été prises d'assaut. Selon Le Monde, il avait fallu environ une heure et demie pour les écouler. Le lendemain, la place de la Concorde et les Champs-Élysées accueillaient une messe en plein air pour laquelle entre 500 000 et 600 000 personnes étaient attendues, avec douze mille bénévoles à l'organisation. Public Sénat parle d'une affluence record et d'un dispositif de sécurité exceptionnel.

Mais ce qui m'intéresse ici n'est pas le record.

C'est le seuil franchi.

Une parole explicitement chrétienne a résonné à Notre-Dame, puis dans le stade national, et résonne ce week-end sur l'une des places les plus symboliques du pays, au siège d'une institution des Nations unies et jusque dans les échanges avec les plus hautes autorités de la République.

J'ai suivi cette veillée sur KTO, et deux choses m'ont frappé. La première, c'est que ses organisateurs avouent avoir fait « le pari » qu'un stade de jeunes pourrait garder le silence. Ils l'ont gagné. Entre le rap gospel, le reggae chrétien et la pop louange, 80 000 jeunes ont tenu de vrais temps de recueillement. Un aumônier confiait même que, quand on leur demande ce qu'ils préfèrent, ces jeunes citent d'abord « le silence de Taizé ». Nous qui savons si bien monter le volume, savons-nous encore le baisser ? La seconde, c'est ce que décrivait la directrice de KTO, qui voyage à bord du vol papal. Elle parlait d'une assemblée « la plus variée en termes de sensibilité ecclésiale qu'on puisse imaginer en France. Il y a vraiment toutes les chapelles ». Et toutes ont chanté ensemble, du rap au Salve Regina. Toutes les chapelles, un seul stade, un même berger. C'est ce que nos 50 000 dénominations ne savent pas faire.

Et puis le pape a parlé. Une jeune femme de 25 ans, Chloé, engagée dans les quartiers populaires d'Île-de-France, lui a demandé comment concilier l'élan missionnaire avec une vraie fraternité envers ceux qui ne croient pas. Sa réponse mérite d'être citée, tant elle rejoint ce que cet article essaie de dire. « L'Évangile de Jésus ne conduit pas au conflit, mais invite toujours au pardon. » « Il est impossible de témoigner du Christ sans aimer ceux à qui nous voulons l'annoncer. » « Notre mission n'est pas en contradiction avec le respect des autres religions. » Et dans son enseignement, ces mots : « Notre combat n'est pas un combat contre les autres. Il n'utilise pas les armes de la violence, du mépris ou de l'oppression. Notre seule arme est celle de l'amour qui se donne. » La doctrine de l'attraction, enseignée à la génération qui va évangéliser.

Et la scène dépasse les seuls pratiquants.

Le porte-parole de la Conférence des évêques de France le reconnaissait sur RMC. Des personnes se mobilisent pour écouter le pape alors qu'elles ne partagent pas la foi chrétienne et ne la partageront peut-être jamais. Sa parole, disait-il, « dépasse les frontières visibles de l'Église ». Dans les Grandes Gueules, des chroniqueurs non catholiques parlaient eux-mêmes d'une ferveur dépassant la communauté catholique, jusqu'à évoquer une forme de joie partagée par des chrétiens, des juifs, des musulmans ou des personnes athées. Ce ne sont que des réactions individuelles, pas une mesure sociologique. Mais elles révèlent quelque chose. L'événement est devenu assez large pour que des personnes extérieures à l'Église catholique s'en sentent elles aussi spectatrices, curieuses ou concernées.

Voilà peut-être la porte la plus intéressante de toutes. Pas seulement pouvoir parler. Être écouté par ceux qui ne pensent pas comme vous.

Et c'est ici que notre rapport à la laïcité mérite peut-être, lui aussi, d'être questionné. On entend parfois dans nos milieux que la France laïque aurait fermé l'espace public au christianisme. Pourtant, la venue de Léon XIV raconte quelque chose de plus complexe. Les autorités organisent les accès, les rues sont adaptées, les forces publiques assurent la sécurité et la place de la Concorde accueille une immense célébration religieuse. Le porte-parole des évêques le résumait ainsi sur RMC. La laïcité n'est pas l'effacement de la religion, elle garantit aussi la possibilité de pratiquer et d'exprimer un culte dans le respect de l'ordre public. Public Sénat arrive à une conclusion juridique proche. Neutralité de l'État ne signifie pas absence du religieux sur le territoire.

Alors peut-être que la bonne question pour nous n'est pas seulement de savoir pourquoi ces portes s'ouvrent pour eux et pas pour nous. C'est aussi de se demander ce qu'ils ont construit, pendant des décennies et parfois des siècles, pour pouvoir entrer dans ces espaces sans que leur présence y apparaisse immédiatement comme une menace.

Il y a l'histoire, évidemment. Le patrimoine. Le poids institutionnel. Les racines du christianisme. La position unique du pape. Mais il y a peut-être aussi quelque chose à apprendre de leur capacité à entretenir un dialogue permanent avec les institutions. Dans l'entretien accordé à RMC, le porte-parole de la Conférence des évêques évoque même une « courtoisie républicaine ». Lorsqu'un événement catholique se déroule sur un territoire, les élus locaux y sont naturellement invités. Pour la venue du pape au Stade de France, les responsables politiques du territoire ont ainsi été conviés par l'évêque de Saint-Denis.

Le religieux n'est pas caché. Il n'est pas dilué. Mais il sait dialoguer.

Et au milieu de tout cela, il y a un symbole presque parfait pour l'histoire que nous racontons depuis le début de cet article.

Glorious est là.

Le Monde avait annoncé le groupe parmi les formations de louange prévues lors des concerts organisés autour de la visite, aux côtés notamment de Be Witness. Mesurons le chemin. Des frères catholiques découvrent la louange du milieu protestant évangélique. Ils l'observent. Ils apprennent d'Exo, de Hillsong et d'autres. Ils l'adaptent à leur tradition. Ils participent à renouveler une manière catholique de louer. Et vingt ans plus tard, cette musique se retrouve intégrée à l'un des plus grands événements chrétiens organisés en France. Ce que l'un a reçu de l'autre n'a pas effacé son identité. Cela l'a aidé à porter plus loin ce qu'il était déjà.

Voilà peut-être la vraie question de cet article. Non pas qui a la véritable et meilleure Église. Mais ce qui deviendrait possible si nous cessions de croire que recevoir de l'autre nous diminue.

Alors, à nos frères catholiques, je veux le dire sans détour : mes félicitations pour ce travail immense. Des mois de préparation, douze mille bénévoles, une jeunesse rassemblée et tenue dans le silence, et au bout, le Christ annoncé à ceux qui ne l'attendaient pas. Vous avez fait honneur à l'Évangile. Ce que Dieu fait chez vous, il le fait aussi pour nous. :::

Ce que la louange nous apprend de l'unité

Il y a une raison profonde pour laquelle ce sont les musiciens, et non les théologiens, qui ont ouvert cette brèche entre nos deux mondes. Benjamin Pouzin la dit d'une phrase. « La louange est le lieu de l'unité. » C'est dans le chant, dit-il, qu'on peut se tenir « très naturellement entre frères protestants, évangéliques, catholiques ensemble ». Et il ajoute, à propos de sa propre musique : « Notre louange n'est pas catholique. Elle est chrétienne. »

« La louange est le lieu de l'unité » : un concert de Glorious, où l'on chante d'un seul cœur.
« La louange est le lieu de l'unité » : un concert de Glorious, où l'on chante d'un seul cœur.

Cette unité n'est pas qu'une belle idée. Elle a déjà lieu, concrètement. Chaque année, la paroisse Lyon Centre organise une conférence sur la louange où elle invite à prêcher des intervenants d'autres confessions, parmi lesquels une grande église évangélique française, l'Église Porte Ouverte de Mulhouse, et Hillsong elle-même. Que l'on mesure la nouveauté. Une paroisse catholique qui accueille sur sa scène des évangéliques pour parler de Dieu ensemble. Le mur que nous croyions infranchissable, la louange l'a déjà traversé. Là où les théologiens débattent, les musiciens, eux, se sont assis à la même table.

Que nos différences demeurent, personne ne le nie. Mais s'inspirer les uns des autres n'est pas se confondre. Apprendre de l'autre n'oblige à renier ni ce qu'on croit ni ce qu'on est. On peut recevoir de son frère sans cesser d'être soi.

Mais il existe un terrain où, avant même de résoudre nos désaccords, nous pouvons déjà nous tenir côte à côte. Celui où l'on lève les mains vers le même Dieu. Là, catholiques et évangéliques ne sont plus des rivaux qui se disputent une même moisson. Ils découvrent qu'ils n'ont, comme le dit Pouzin, « pas de concurrents dans l'Église », parce qu'ils servent la même mission.

Prendre de la hauteur

Au fond, ce que les frères Pouzin ont réussi, c'est un geste tout simple et pourtant très rare. Ils ont mis de côté, un instant, tout ce qui divise. Ils ont regardé par-dessus le mur. Et ils ont osé dire d'une autre tradition que la leur qu'il y avait là quelque chose de beau, quelque chose de Dieu, et qu'il fallait le prendre.

Nous pouvons faire ce même geste. Non pas renoncer à ce que nous sommes, mais lever les yeux. Reconnaître que dans cette Église que nous jugions parfois endormie, un feu brûle aussi, et que ceux qui l'entretiennent ont su, entre autres sources, venir puiser chez nous de quoi l'attiser.

Ils ont su apprendre de nous. La vraie question, désormais, est de savoir si nous saurons apprendre d'eux.

Sources

Cet article s'appuie exclusivement sur des sources publiques, que chacun peut consulter pour se faire sa propre opinion.

Les chiffres de la renaissance catholique (baptêmes 2025 et 2026)

L'analyse sociologique (le modèle de conversion né en terrain évangélique)

Le témoignage de Benjamin Pouzin (la « sainte jalousie »)

Le parcours de Glorious et le lien avec Lyon Centre / Sainte-Blandine

Le Renouveau charismatique (l'échange réciproque catholiques / protestants)

Les sources vidéo

Les paroles attribuées à Benjamin Pouzin et Thomas Pouzin sont issues de leurs interventions publiques (vidéos, entretiens de presse, témoignage de la Communauté de l'Emmanuel).

La visite du pape Léon XIV en France (la veillée du Stade de France, l'espace public et le dialogue avec les institutions)

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